Tribune

Le Figaro – 12/05/2017

La campagne pour la présidence de la République a fait apparaître que plusieurs partis veulent abandonner l’euro, quitter l’Union européenne ou renégocier les conditions d’appartenance de la France à celle-ci.

Emmanuel Macron a fait le choix de défendre résolument l’Union européenne et la monnaie unique. Le maintien du cadre de stabilité dans lequel nous vivons est crucial, dans ce monde incertain. Face au terrorisme islamique, au changement climatique et en raison des nouvelles technologies, la souveraineté se transforme. Il est heureux, dans ce contexte, que nous ayons hérité des générations précédentes une communauté de valeurs et d’action politique. Pour préserver l’Europe unie, il nous appartient de la faire évoluer. Dans la maison de nos grands-parents, agrandie au fil des ans, des travaux de rénovation sont désormais à prévoir. Le chantier prendra du temps mais rien ne justifie de la démolir.

Il est moins nécessaire d’en changer l’esprit que de le redécouvrir. Le préambule du traité de Rome, fixait notamment comme objectif à la Communauté économique européenne « l’amélioration des conditions de vie et d’emploi » des Européens. Ces mots simples décrivent bien l’objectif à atteindre : remettre la personne humaine au cœur de l’action commune.

La notion d’ « économie sociale de marché », inscrite dans les traités, gagnerait à être mieux comprise. Elle illustre la volonté de combiner une approche économique offensive, indispensable dans la course mondiale, avec plus de justice sociale. Mais encore faut-il avoir conscience que si certaines choses se décident en commun, une large part du succès européen dépend de chaque Etat. C’est pourquoi Emmanuel Macron entend engager des réformes économiques et sociales en France. Souvent, le souci d’une saine gestion des finances publiques est caricaturé. La facilité du déficit met pourtant sur les épaules de nos enfants une dette indue.

Jacques Delors défendait la combinaison de « la concurrence qui stimule, la coopération qui renforce et la solidarité qui unit ». Des propositions de rééquilibrage du marché ont été faites en ce sens en 2010 (rapport Monti, Une nouvelle stratégie pour le marché Unique) qui sont hélas restées lettre morte. L’une des conséquences de cet aveuglement est le Brexit car même au Royaume-Uni, un pays si attaché au marché unique, la contestation l’a emporté. Afin de prévenir de nouveaux rejets de l’UE par les peuples, il est temps d’accélérer le rapprochement de la fiscalité (notamment par une assiette commune consolidée de l’impôt sur les sociétés à laquelle la Commission a travaillé) et de travailler à plus de convergence sociale. Cela requiert un énorme travail de persuasion. Lors de l’adhésion des pays d’Europe centrale et orientale, nos entreprises ont aisément conquis des marchés dans ces économies plus fragiles ; la contrepartie consistait à permettre à leur main d‘œuvre de chercher du travail à l’ouest de l’Europe. Nous devons trouver une solution avec eux et non contre eux.

La méthode compte. Ceux qui font miroiter la possibilité d’imposer les volontés françaises aux autres pays commettent un contresens : quiconque perd de vue le caractère volontaire de la construction européenne la prive de sa raison d’être. Il est tout à fait légitime de vouloir mener des négociations exigeantes mais l’esprit doit rester constructif, quitte à avancer à quelques uns pour contourner d’éventuelles obstructions.

Un volet important doit aussi consister à mieux préparer les jeunes à leur avenir européen. Le rétablissement des sections européennes et des classes bi-langues permettra aux jeunes Français de saisir toutes les opportunités qu’offre l’Union européenne, de l’enrichissement culturel à des offres d’emploi plus variées. Le doublement des échanges Erasmus et leur extension à des apprentis ou élèves de la formation professionnelle, proposés par Emmanuel Macron, vont dans le même sens. Se familiariser avec la différence est le meilleur moyen de dissiper certaines angoisses identitaires.

Une autre idée serait, dans l’esprit de ce qu’a fait le mouvement En marche en France, d’organiser un débat démocratique plus poussé dans tous les Etats membres. Selon des modalités à définir avec nos partenaires, des conventions démocratiques de citoyens pourraient faire « remonter » des idées venant du terrain. Le but de cet exercice ne serait pas forcément de proposer des changements des traités mais de restaurer la confiance, en retrouvant l’envie d’Europe.

Naturellement, ces quelques pistes n’épuisent pas le sujet. Le respect des  principes fondamentaux, notamment l’indépendance de la justice et des médias, ne devrait souffrir aucune exception. La protection des citoyens appelle aussi des efforts accrus non seulement en matière commerciale où l’UE a les moyens d’agir mais surtout par la construction d’outils de défense et de sécurité intérieure, à ce jour inexistants. Enfin, la défense des accords climat et d’ambitions écologiques élevées peut constituer une ambition commune particulièrement motivante pour les jeunes générations.

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