Chronique de second tour n° 10

05/05/2017

Dimanche, les Français trancheront mais nous aurons fait la preuve qu’il est possible de parler d’Europe sans l’accabler, de dénoncer ses faiblesses dans un esprit constructif, fidèle à son idéal.

Pendant des années, les hommes politiques ont eu l’Europe honteuse. Tantôt matamores, tantôt mendiants de délais et d’exceptions, nos dirigeants peinaient à trouver le ton juste à Bruxelles. Au moment des réformes, la main a d’autant plus tremblé que l’explication manquait. Au mieux, ils ont vendu l’Europe comme de l’huile de foie de morue. Au pire, Ils ont flatté les bas instincts nationalistes.

Le résultat, ce sont les mensonges éhontés de Marine Le Pen et de ses sbires sur la souveraineté. Selon elle, il serait aisé d’abandonner l’euro. Un jour il est « mort », le lendemain il ressuscite. Selon elle, deux monnaies pourraient cohabiter joyeusement, sans créer de marché noir ni de comptabilité double. Jamais elle n’explique pourquoi nos partenaires grugés par notre défection nous feraient la fleur de revenir à des parités fixes.

Oyez crédules, oyez ! Pour s’en sortir, il suffirait de fermer les frontières et d’utiliser la planche à billets. C’est à se demander pourquoi personne n’y a pensé plus tôt. Quand on songe à tous les idiots qui, à la surface de la terre, préfèrent travailler dur plutôt que d’imprimer de la monnaie…

Toutes ces contrevérités méritaient d’être démontées dans cette campagne. Aucun regret : c’est une œuvre de salubrité publique. Mais pour conclure aujourd’hui, je préfère me rappeler la ferveur des sympathisants brandissant des drapeaux européens dans toutes nos réunions publiques. Ou Dany Cohn-Bendit mettant tout son cœur et ses tripes dans un superbe discours, à Nantes, à l’intention du « petit Emmanuel ». J’entends encore l’hymne européen qui a conclu ses propos. Et surtout, je vais vous parler d’une chose dont vous ne croyez même plus qu’elle puisse exister : un grand, un beau succès européen, la défense de la science et de l’excellence.

Depuis dix ans, le Conseil européen de la recherche (CER) distribue des bourses à des chercheurs de toute l’UE, en coopération avec la Suisse et Israël. En une décennie, 7000 allocataires ont bénéficié (soit, en incluant les laboratoires autour d’eux, au total une communauté de  50.000 chercheurs environ) de 12 milliards d’euros. Les résultats sont là : 6 prix Nobel, 4 médailles Fields, 5 prix Wolf  et plus de 70 % des projets ayant donné lieu à des avancées majeures ou significatives.

Le Royaume-Uni, fort de ses prestigieuses universités, en est le premier bénéficiaire devant l’Allemagne, la France, les Pays-Bas puis la Suisse. Ce classement démontre combien les partisans du Brexit ont abusé les électeurs anglais.

Le succès du CER, avec l’aide de commissaires à la recherche engagés, repose sur plusieurs éléments qui devraient inspirer toute politique publique.

L’excellence : les projets sont évalués par des scientifiques (contrôle par les pairs). On prend les meilleurs.

L’indépendance : le Conseil refuse les interférences politiques comme le panachage géographique. Au lieu de saupoudrer, on concentre les aides là où se trouvent de véritables foyers d’excellence, tout en aidant les pays moins avancés à élever leur niveau. Le nivellement ne se fait pas par le bas.

La pluridisciplinarité : les projets à cheval sur plusieurs disciplines sont privilégiés.

La continuité : Les bourses sont destinées essentiellement à la recherche fondamentale mais des mécanismes veillent à assurer l’application. Les employeurs apprécient particulièrement l’environnement qui se crée autour de ces centres d’excellence (universités, grandes écoles etc.). C’est un moyen de retenir en Europe des cerveaux brillants.

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Les leçons à en tirer ?

L’Europe facilite la libre circulation de l’intelligence. Créer un espace de 500 millions d’êtres humains a permis de puiser dans un vivier plus large. L’existence de frontières ouvertes, l’absence de tracas et de visas facilitent la coopération des laboratoires.

Dans la mondialisation, la taille des ensembles politiques est décisive ; à la fois pour connecter les ressources humaines, pour mutualiser les investissements et finalement pour que les entreprises, grâce à de plus larges débouchés pour leurs produits, créent de l’emploi.

Les Européens peuvent avoir confiance en eux : ils sont souvent au top niveau mondial. Selon le Président du CER, le mathématicien français Jean-Pierre Bourguignon, la qualité des projets refusés prouve que son budget pourrait être doublé sans diminuer le niveau d’exigence. Pour lutter contre le changement climatique, pour éradiquer le cancer et les terribles maladies neurologiques aujourd’hui incurables, pour éviter que les antibiotiques deviennent inefficaces, pour rester dans la course de l’intelligence artificielle, de la robotisation, nous devons redoubler d’efforts.

A la Renaissance puis au siècle des Lumières, ce sont les Européens qui ont permis le progrès de la connaissance et de la science, pavant  la voie à la révolution industrielle. Aujourd’hui le défi de faire reculer l’obscurantisme reste d’actualité : plus la raison critique sera soutenue, moins les Européens seront vulnérables  à la désinformation.  

Ensemble, les Européens peuvent mieux œuvrer au bien commun, en restant forts dans la course mondiale. C’est le seul moyen de financer leurs modèles sociaux de manière pérenne et, tout simplement, de vivre bien.

La bonne nouvelle, c’est que nous avons déjà commencé à le faire, avec succès.

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