Chronique de second tour n° 3

26/04/2017

On peut voter pour se défouler, en se disant qu’on n’a rien à perdre. On peut. C’est l’un des charmes de la démocratie. Mais on peut se réveiller avec la gueule de bois et finalement y perdre beaucoup. Car le choix du Président de la République n’est pas anodin.

En matière internationale et européenne, l’expérience compte. Elle est même irremplaçable tant le monde est devenu complexe. Sur des podiums de campagne, il est facile d’exalter la grandeur nationale devant des publics acquis d’avance. Aucun trouble-fête chinois, américain ou allemand ne peut contredire le tribun, tout occupé à ses effets de manche.

Devant une usine, il est facile de faire des selfies en dénonçant la globalisation, sans rien proposer de sérieux pour l’avenir.

Une fois élu(e), le Président / la Présidente qui se serait affranchi(e) de la réalité serait toutefois vite rattrapé(e) par elle. Loin de rester dans le cocon douillet de la nation, le candidat élu est projeté en quelques jours sur une scène internationale pleine de chausse-trappes. Ses partenaires, soucieux de défendre leurs intérêts, plus rôdés, ne sont pas tendres avec le débutant. Quiconque n’a jamais participé à une négociation internationale n’a pas idée du rythme accéléré, ni des écueils cachés.

Avant de voter pour Emmanuel Macron ou pour Marine Le Pen, les Français devraient se poser une question simple : qui des deux serait le plus crédible, face aux dirigeants étrangers ? Une candidate inexpérimentée, promettant la lune ou un candidat qui, quoique jeune, a déjà vécu des crises majeures dans des fonctions de haut niveau ?

Emmanuel Macron a suivi de près des Conseils européens (les réunions des chefs d’Etat ou de gouvernement de l’Union européenne), en période de crise. Il a assisté à des sommets internationaux comme les G 20 / G 7. De ces enceintes, il connaît les « cuisines » où se concoctent les compromis. Plusieurs acteurs européens de l’époque se rappellent précisément le rôle qu’il a joué, par exemple au plus fort de la crise de l’euro, en juin 2012. Il a aussi été Ministre de l’Economie. Cette expérience de gouvernement est précieuse. A Bruxelles et dans les capitales, il a noué de solides relations avec des commissaires et des ministres. Pour ma part, c’est au Parlement européen que j’ai été frappée par son sérieux.

A l’Elysée, il aura vu François Hollande être obligé de renoncer aux promesses que celui-ci avait faites en 2012, notamment sur la renégociation des règles relatives aux finances publiques. Pendant la crise grecque, Emmanuel Macron a aussi observé le Premier ministre Aléxis Tsípras qui s’est lui aussi heurté au mur des réalités après avoir induit en erreur les électeurs grecs. La connaissance de l’appareil d’Etat, au plus haut niveau, est une bonne école. Elle prémunit ceux qui s’y sont frottés contre la simplification.

Des affaires internationales, Mme Le Pen n’a qu’une connaissance vague. Lorsqu’elle affirme qu’elle se rendra à Bruxelles négocier une nouvelle position de la France dans l’UE avec de bonnes chances de succès, c’est elle qui est la fille de François Hollande. Pas plus que le Président actuel, elle n’obtiendrait ce qu’elle demande. On voit mal pourquoi les autres pays accorderaient à la France un statut à part qui serait la négation de tout ce qu’ils ont voulu bâtir depuis 70 ans. Les Britanniques croyaient aussi, en votant la sortie de l’UE, pouvoir picorer dans les politiques européennes ce qui était à leur goût. Les 27 leur ont refusé cette possibilité.

Mme Le Pen oublie de préciser que la sortie de l’euro – qui n’est pas prévue par les traités – représente un chantier d’une ampleur sans précédent. Pour un pays dont la dette atteint près de 100 % du PIB, ce serait un saut dans l’inconnu. Sur la monnaie, chacun de nous a quelque chose à perdre, dans sa poche ou sur son livret A.

Quand l’épargne et l’emploi des Français sont en jeu, le sérieux n’est pas superflu, la connaissance des milieux internationaux et financiers représente, pour le pays, un atout.

Le FN accuse ceux qui posent des questions sur son programme de vouloir faire peur aux Français. De la part de ceux qui, depuis des années, agitent l’épouvantail de l’immigration, le reproche ne manque pas de piquant.

La peur est mauvaise conseillère mais l’ignorance ne vaut guère mieux.

En Europe, Mme Le Pen se  borne  à fréquenter des partis d’extrême droite, n’exerçant aucune responsabilité gouvernementale. Elle a été reçue par Vladimir Poutine qui a violé à plusieurs reprises le droit international. On peut rêver meilleur mentor pour le Président de la République française.

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