Le résultat d’Emmanuel Macron est aussi le vôtre. De tout cœur, un grand merci d’avoir permis au candidat le plus européen de ce scrutin d’arriver en tête !

Vous avez été nombreux à marquer votre désir de continuer à recevoir des arguments sur les enjeux européens de cette campagne. C’est pourquoi ces chroniques reprennent après le premier tour. Dans la dernière ligne droite, il faut redoubler d’efforts pour mieux convaincre les indécis, en contrant les simplifications abusives du Front National.

Je dédie la première, ainsi que mon article paru sur le site du Guardian ce matin, aux innombrables amis et contacts européens qui ont exprimé leur soutien et leur joie, dimanche soir.

Amitiés,

Sylvie

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C’est en forgeant l’Europe qu’on devient Européen

Chronique de second tour n° 1

24/04/2017

On entend souvent dire qu’il manque à l’Europe un débat public qui dépasse les frontières. Certains voient le continent européen comme un ensemble de nations pures et parfaites qui vivraient séparées les unes des autres. Ils en déduisent que l’Europe unie n’a pas de sens. Le premier tour de l’élection présidentielle en France démontre au contraire que c’est en faisant l’Europe qu’on devient… Européen. Plus des ponts sont jetés entre les pays, plus les Européens prennent conscience de leur destin commun.

Ainsi, en se déclarant d’emblée pro-européen, Emmanuel Macron a marqué les esprits, y compris hors de France. Parce qu’il a forgé une vision exigeante de l’avenir de l’Union européenne, il a retrempé le sentiment de faire partie d’un même ensemble. Il a redonné envie d’Europe. Dans le même temps, il a rendu à la France la place que seul un comportement constructif lui permet d’occuper. L’influence durable ne tient pas à des effets de manche, et encore moins de la menace. Elle naît de la crédibilité.

Les autres candidats étaient parfois si virulents, si négatifs que nos partenaires ont pris très au sérieux cette élection qui concernait leur Union, leur monnaie, leur avenir. C’est pourquoi de très nombreux Européens non-Français auraient rêvé de voter avec nous dimanche. Je l’ai senti dans leurs innombrables messages : avant les résultats, l’angoisse était perceptible. Puis sont venues la joie et la reconnaissance que le peuple français ait placé en tête un candidat excluant de rompre unilatéralement avec eux.

Malgré le beau succès d’Emmanuel Macron au premier tour, un énorme travail reste à accomplir. Nul ne peut ignorer la proportion d’électeurs ayant donné leur suffrage à des candidats ouvertement désireux de détruire l’Union européenne. Cette situation est le fruit d’une dérive ancienne, émanant de tous les partis modérés. Depuis vingt-cinq ans, la plupart des hommes politiques ont mis tant d’eau dans leur vin européen qu’ils l’ont rendu insipide. En matière européenne, la politique s’est bornée à l’art de l’esquive. Ils ont voulu la monnaie unique sans en respecter la logique. Ils ont défendu le commerce international tout en jouant sur la peur de l’ouverture. Ils ont fait rêver d’Europe sociale ou d’Europe de la sécurité sans s’atteler à les construire. A de rares exceptions près, pour eux, l’Europe était une figure de style, au mieux une aspiration, rarement un engagement ferme. Peu à peu l’idéal, s’est affadi. Les institutions, notamment la Commission, sont devenues leur souffre-douleur, le Parlement européen leur paillasson.

Face à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon – et les tenants nombreux de la chasse au bouc émissaire du premier tour – Emmanuel Macron a martelé le besoin de rénovation, tout en rejetant l’illusion de la table rase. Il a assumé le partage de souveraineté que requiert l’Union.

Deux leçons peuvent être tirées de cette expérience. Pour réformer l’Union européenne en profondeur, il faudra entraîner les Français et les autres partenaires ensemble, il faudra jouer collectif. A cet égard, Mme Le Pen fait des promesses à la légère. Quand elle vend une prompte sortie de l’euro, elle trompe son auditoire. Sans ménagements, elle confond souveraineté et droit de répudiation.

A plus long terme : ces évolutions invitent à réfléchir sur la démocratie européenne. Comment donner à cet « espace public » en gestation des perspectives de développement ? C’est tout le sens des conventions démocratiques que propose En Marche. J’y reviendrai.

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