20/04/2017

Point de vue. Par Sylvie Goulard, députée européenne, membre de la commission des affaires économiques et monétaires. Elle a rejoint le mouvement En Marche ! et soutient Emmanuel Macron

C’est en général au moment où nous pourrions perdre un être cher que nous prenons conscience de ce qu’il représente pour nous. Soudain, nous ne voyons plus ses défauts ou ses petites manies, mais le vide immense que laisserait son départ.

Avant de songer à sortir de l’euro, avant de se couper des Allemands et de leurs autres partenaires, les Français devraient prendre un peu de recul. Qu’est-ce qui pèse le plus dans la balance : les faiblesses de l’Europe que nous soulignons à l’envi ou ses vertus que nos yeux ne voient plus ?

La maison commune européenne laisse à désirer, c’est vrai. Construite par à-coups, mal agrandie, la bâtisse montre des lézardes profondes. Faut-il pour autant la démolir ?

Ce sont nos grands-parents qui l’ont édifiée, après avoir douloureusement subi les ravages du nationalisme et de la guerre. S’ils étaient encore de ce monde, ils nous diraient sans doute de retrousser nos manches pour la rénover de fond en comble, de nous battre pour la rendre plus solidaire, plus dynamique, sûrement pas de la céder à des promoteurs de sornettes, prompts à la démolir. L’Europe est ce que nous en faisons. Pour un excès de normes que nous avons laissé proliférer, pour des failles dans la gestion de l’euro que nous, Français, avons tout particulièrement contribué à creuser, pour les non-dits d’un dialogue franco- allemand que nous avons laissé s’étioler, nous, les enfants gâtés de la paix, serions prêts à tout casser ?

« On ne joue pas avec la monnaie »

Nos grands-parents ont eu jadis la sagesse de se tourner vers l’avenir. Ils nous diraient de penser à nos enfants et, pour eux, de voir loin, de voir grand. Ils nous diraient avec tendresse de ne pas nous décourager. Jamais, dans l’histoire de l’humanité, des peuples n’ont voulu aller aussi loin, dans une démarche volontaire, pour servir un idéal de paix, de fraternité, de solidarité. C’est difficile, oui, comme tout ce qui est ambitieux.

Quel futur voulons-nous offrir à ceux qui après nous, quand nous serons poussière, feront la France ? Pour eux, nous devons voir le monde en mouvement, riche d’opportunités, périlleux aussi, concurrentiel, bouleversé par l’innovation technologique et la géopolitique. Scruter l’avenir avec les lunettes du souverainisme d’hier ou du marxisme cubain ne nous mènera pas loin. Nos enfants ne seront pas mieux protégés si la France s’isole, ils ne seront pas plus prospères si la France recule. Ceux qui font miroiter de meilleures relations avec nos partenaires européens, et une souveraineté accrue une fois que nous serions sortis de l’euro, manquent de bon sens.

Avec l’euro, nous avons regagné de la souveraineté. Nous empruntons à moindre coût, notre monnaie est reconnue dans le monde entier, et les pays de la zone euro qui ont su se réformer se portent bien. C’est la France qui a besoin de se ressaisir pour créer à nouveau des emplois. Il est inutile d’incriminer la terre entière pour nos propres défaillances, inutile d’aggraver la situation en créant plus d’instabilité encore. On ne joue pas avec la monnaie. Dévaluer, c’est détruire l’épargne de toute une vie.

Si nous faisions à nos partenaires l’affront de les quitter brutalement, nous récolterions la tempête. C’est pourquoi nous devons choisir un président de la République proeuropéen, constructif, qui incarne l’avenir.

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