Chronique de France et d’Europe n° 11

19/04/2017

Si vous étiez atteint d’une maladie très grave, auriez-vous l’idée d’aller voir un charlatan plutôt qu’un spécialiste ? Naturellement, même les meilleurs praticiens font des erreurs. Le diagnostic est un art délicat, tout comme la lecture des examens ou le choix des médicaments à prescrire. Pourtant, face à une pathologie sérieuse, chacun essaie en général d’avoir recours au médecin le plus réputé possible. Il ne confierait pas sa santé à n’importe qui. Curieusement, quand il s’agit du pays, bon nombre de Français sont prêts à s’en remettre à des rebouteux voire à des apprentis sorciers.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, ainsi que plusieurs autres candidats, sont prêts à administrer au pays des traitements inefficaces, tout droit sortis de leur chaudron.

Certains remèdes sont manifestement excessifs. Ils tueraient au lieu de guérir. Faut-il sortir de l’euro pour retrouver compétitivité et prospérité ? Non, la situation est sérieuse mais un remède de cheval n’est pas forcément adapté. Les charlatans sous-évaluent gravement ses effets secondaires. Suffit-il de limiter l’immigration pour retrouver le plein emploi ? Non, comme souvent, leur diagnostic se borne à des intuitions. Or la science économique prouve souvent que les solutions efficaces sont contre-intuitives. Par exemple, le travail n’est pas un gâteau rikiki qu’il faut se partager. Un afflux de population peut, après une phase de déséquilibre passager, accroître l’offre d’emplois. Ce n’est pas non plus en portant à bout de bras des entreprises non rentables qu’on prépare le mieux l’avenir. C’est en acceptant leur disparition, si douloureuse soit-elle, tout en finançant la formation, la recherche et l’innovation avec l’argent qui n’aura pas été gaspillé.

D’autres traitements qu’ils envisagent sont, depuis longtemps, considérés comme dépassés. Ainsi la dévaluation qu’ils envisagent est à peu près aussi moderne que la saignée. Longtemps, on a cru qu’elle procurait un mieux au patient. On sait désormais qu’elle prive le pays d’une partie de sa richesse et à terme, l’affaiblit. De même, la dépense publique est déjà si élevée que proposer de l’augmenter encore, sans considération du déficit et de la dette, consiste à prescrire plus de morphine à un patient souffrant d’addiction. Malgré le rapport Pébereau de 2005, malgré les déclarations de François Fillon Premier ministre, en 2007, sur l’état de faillite du pays, hélas non suivies d’action, malgré les promesses de tant de ministres des Finances successifs à leurs électeurs et à leurs partenaires européens, l’addiction continue. Or le pays se porte moins bien que les voisins ayant mis leurs finances publiques en ordre et mené à bien des réformes. Mieux vaut  envisager une cure de désintoxication que chercher encore des paradis artificiels. Historiquement, le protectionnisme a lui aussi montré ses limites. Dire le contraire, même à la suite d’un célèbre charlatan américain, ne révèle pas moins de la tromperie. Enfin, le refus de la concurrence protège en réalité les puissants et les nantis, au détriment des plus faibles et des jeunes entrepreneurs qui innovent.

La France n’a pas besoin qu’on lui applique quelques ventouses. Elle a besoin d’un traitement de longue durée, bien dosé, consistant à admettre le besoin de se moderniser, à réapprendre à créer la richesse avant de la distribuer. Elle doit aussi s’interroger sur sa tolérance à la corruption qui mine la croissance et la confiance dans la démocratie.

Pas plus que la médecine, la science de gouvernement n’est infaillible. Les élus ne doivent pas être le jouet des technocrates. Mais des travaux scientifiques sont suffisamment étayés, en matière économique notamment, pour que les Français n’élisent pas sur un coup de tête des charlatans, au mépris de toute forme d’expertise. S’ils s’abandonnent à la facilité, ce sont eux qui en paieront les conséquences.