Chronique de France et d’Europe n° 10

18/04/2017

En votant pour Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, certains électeurs croient peut-être reprendre leur destin en mains et s’affranchir d’un monde qui leur paraît trop « anglo-saxon ». Ironie de l’histoire, ils seraient pourtant vus dans le monde entier comme emboîtant le pas aux Anglais, en rupture avec l’Union européenne et aux Américains séduits par Donald Trump. Derrière les drapeaux bleu-blanc-rouge, les siamois des extrêmes ne défendent guère le génie national.

Ils s’acharnent sur l’Union européenne qui est pourtant une idée française, née à Paris le jour où le ministre des Affaires étrangères français Robert Schuman a eu l’audace de proposer aux Allemands la mise en commun du charbon et de l’acier. Quand Marine Le Pen annonce avec jubilation que « l’Union européenne va mourir », c’est un projet français qu’elle voudrait enterrer. Quand Jean-Luc Mélenchon lance bravache « l’Europe on la change ou on la quitte », c’est la parole de la France qu’il galvaude.

Détruire l’Union européenne nous ferait passer pour inconstants, menacer nos partenaires pour arrogants. Qui voudrait nouer des relations durables avec des Français aussi désinvoltes, aussi brutaux ? Nous décevrions profondément les pays fondateurs comme les peuples sortis des dictatures ou du communisme : aux Grecs restés dans l’euro malgré leurs difficultés, aux Baltes qui viennent d’y rentrer comme à tous les autres, nous ne laisserions qu’une bonne dose d’amertume et une kyrielle de problèmes.

La monnaie unique a été voulue par la France. Ce n’est pas un Diktat allemand, comme certains voudraient désormais le faire croire. Sans le travail de persuasion de Jacques Delors, de François Mitterrand et de Felipe Gonzales ou Tommaso Padoa-Schioppa auprès du chancelier Kohl, la monnaie unique n’aurait jamais vu le jour. Les raisons qui ont poussé à la créer restent d’ailleurs valables, notamment le désir d’éviter les dévaluations compétitives. L’expérience a prouvé, dans les années 1970/1980, combien elles étaient nocives pour l‘économie et l’emploi. Présenter aujourd’hui comme solution la dévaluation et l’inflation qui en est le corollaire, relève plus de l’amnésie que de la science économique.

Le « retour au franc » aussi est une mauvaise blague. Non seulement nul ne peut retourner en arrière, comme en témoigne la vigueur de l’économie chinoise qui a émergé entre-temps, mais surtout aucun boniment ne dispense les peuples de travailler. La compétitivité se gagne par l’innovation et le labeur, la crédibilité par le respect de ses engagements. Une chose est de négocier collectivement de meilleures règles communes, une autre de « renverser la table » unilatéralement. Faire défaut sur les emprunts contractés auprès d’épargnants étrangers, ou les convertir de force en une nouvelle monnaie affaiblie, ruinerait le crédit de la nation.

La  « sortie ordonnée » de l’euro est une illusion. L’abandon de la monnaie unique serait chaotique, conflictuel et coûteux pour les ménages et les épargnants. La simple perspective de cette décision pourrait entraîner une hémorragie de capitaux justifiant le rétablissement du contrôle des changes, préjudiciable à l’activité des entreprises. En saccageant l’euro, deuxième monnaie de réserve au monde après le dollar, les deux candidats europhobes feraient en réalité un magnifique cadeau aux Américains dont la prédominance monétaire serait ainsi confortée.

A des fins électoralistes, ils noircissent la situation macro-économique de la zone euro dont la croissance en 2016 a dépassé celle des Etats-Unis (1,7 contre 1,6 %). En permanence, ils présentent des défaillances françaises comme des problèmes européens. La preuve en est que plusieurs pays européens vont beaucoup mieux que nous : la reprise est forte en Espagne et en Irlande ; les Allemands et les Néerlandais connaissent le plein emploi, les Italiens ont un excédent commercial confortable, l’Estonie et la Finlande innovent en matière numérique et d’éducation. Dans tous ces pays, la situation n’est pas parfaite bien sûr mais des données précises, disponibles, démentent les allégations des candidats des extrêmes.

Une raison d’espérer : ils ont beau se réclamer à tout bout de champ « du peuple », à ce jour, 70 % des Européens, et près de 68 % des Français sont attachés à la monnaie unique. Une alternative existe, plus constructive : voter pour le seul candidat qui assume pleinement, depuis le début de cette campagne, l’héritage européen, tout en proposant de refonder l’UE, Emmanuel Macron.

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