Chronique de France et d’Europe n° 8

10/04/2017

L’Europe est un test. Elle révèle tout particulièrement les failles de certains candidats, leur méconnaissance des réalités. Que le Président de la République française veuille infléchir le cours de l’Union européenne est parfaitement légitime mais la maîtrise des dossiers internationaux mène plus loin que les menaces.

Durant la campagne, il est aisé de dissimuler la contrainte externe. Quand Jean-Luc Mélenchon déclare vouloir « établir un rapport de force avec l’Allemagne », quand Marine Le Pen fait miroiter les bienfaits d’une sortie facile de l’euro ou François Fillon l’abandon unilatéral de certaines directives européennes, ils font de vaines promesses. Au pays de Cyrano, le panache séduit mais attention aux déconvenues ! L’Europe est diverse, complexe. Ceux qui fanfaronnent mènent le pays sur les voies dangereuses de la confrontation.

Dire « l’Europe, on la change ou on la quitte », c’est l’avoir déjà quittée. La construction européenne est en effet avant tout une démarche volontaire. Menacer de « faire sauter la baraque » ne fait qu’agacer les partenaires. Imaginons un instant les candidats aux élections dans un autre pays prendre la France en otage, sur le même ton. Les Français n’apprécieraient guère. Il est du reste assez piquant que le candidat de La France insoumise utilise le poids de notre pays dans le PIB de la zone euro (18 %) pour revendiquer plus d’influence que la Grèce (2 %). Un instant, le respect des peuples cède devant le business. Un argument bien capitaliste… facile à retourner. L’Allemagne n’est pas si faible qu’elle doive obtempérer à notre commandement. Son poids, ses performances sont supérieurs aux nôtres. D’autres pays ont aussi leur mot à dire, l’Espagne qui fait mieux que nous en matière de croissance, l’Italie forte de l’excédent de son commerce extérieur ou la Finlande qui a le meilleur système scolaire d’Europe.

L’expérience a prouvé qu’aux promesses de campagne consistant à « renverser la table », succède assez rapidement un virage à 180°. En 2012, François Hollande avait juré de dénoncer le traité de stabilité, sans finalement s’y risquer. A son arrivée au pouvoir, Aléxis Tsípras promettait aux Grecs monts et merveilles. Son ministre Yánis Varoufákis, adepte du rapport de force, a dû être limogé : en braquant les pays du nord de l’Europe, il a finalement desservi les Grecs démunis.

La démocratie commande de tenir compte de l’avis des autres Européens. Un changement de majorité en France ne modifie pas la couleur de tous les gouvernements. Et, tant qu’ils ne sont pas révisés collectivement, les engagements antérieurs restent valables. C’est une garantie pour tous. Que vaudrait un système où le chantage d’un seul fait s’écrouler l’édifice ? Certaines orientations qui déplaisent à M. Mélenchon ou à Mme Le Pen (comme les obligations de bonne gestion des finances publiques) sont issues de traités régulièrement signés et ratifiés par la France, ainsi que de textes votés démocratiquement par le Parlement européen et les ministres des Etats membres. Le fait que l’extrême droite et l’extrême gauche aient été mises en minorité ne signifie pas que les procédures européennes ne sont pas démocratiques, bien au contraire.

Il est tout aussi faux de dire que personne n’a jamais rien obtenu de l’Allemagne. Le Conseil européen des 28 et 29 juin 2012, par exemple, a ouvert la voie aux décisions de la Banque centrale européenne destinées à stabiliser les marchés ainsi qu’à une approche commune, nouvelle en matière bancaire. C’est le Premier ministre italien Mario Monti qui y est parvenu, appuyé par la France et l’Espagne, en usant de ténacité plus que de menace. Cet épisode rappelle que des négociations peuvent aboutir, après un travail patient. Cet effort n’a rien à voir avec l’exaltation superficielle, un rien paresseuse, pour ne pas dire macho de la confrontation.

Arborer un rameau d’olivier, se faire passer pour « le candidat de la paix » ou le partisan d’une « révolution citoyenne, tranquille et pacifique », tout en prônant le rapport de force avec l’Allemagne est un signe d’amnésie autant qu’un contresens. L’Europe a été créée pour trouver des compromis, dans le respect mutuel. Dans chaque village de France, une longue liste de noms sur un monument aux morts nous rappelle où a mené, par le passé, la confrontation avec l’Allemagne.

 

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