Chronique de France et d’Europe n°6

05/04/2017

Les débats qui entourent l’élection présidentielle font prendre conscience d’une spécificité nationale. En France, on parle en général d’« argent public » tandis que dans d’autres pays d’Europe, on évoque plutôt « l’argent des contribuables » (« taxpayers’ money » en anglais).

La différence est plus grande qu’il n’y paraît. Elle explique peut-être, entre autres choses, la désinvolture avec laquelle certains candidats à l’élection présidentielle promettent d’augmenter encore la dépense publique. Aussi trivial que le rappel puisse sembler, tant l’immense majorité des citoyens ont du mal à « boucler leurs fins de mois », l’argent public ne pousse pas sur les arbres. Les moyens de l’Etat, des collectivités locales et de la Sécurité sociale proviennent d’impôts et de charges élevés. Or des prélèvements excessifs entravent le dynamisme de l’économie et dissuadent les entreprises d’embaucher.

Depuis que notre pays s’adonne à des déficits chroniques, les budgets publics sont aussi alimentés par des emprunts qu’il faudra bien rembourser, sauf à ce que la France trompe la confiance de ceux qui, dans le monde entier, lui ont prêté leur épargne. Emprunter encore, avec un niveau de dette proche de 100% de la richesse nationale (2 200 milliards d’euros environ), c’est faire supporter aux générations futures les dépenses de fonctionnement d’aujourd’hui. Quand il ne finance pas l’investissement productif, l’endettement est une fuite en avant.

Contrairement à ce que matraquent certains candidats, la contrainte primordiale ne vient pas des engagements européens, caricaturés en camisole. Quand les dépenses des administrations publiques atteignent 56% du PIB, soit 8 points de plus que la moyenne européenne, il n’y a pas d’austérité. C’est pourquoi Emmanuel Macron entend mener à bien l’assainissement budgétaire. Le bon sens commande de mieux gérer les comptes de la nation : si les taux d’intérêt remontaient, le service de la dette coûterait une fortune.

Enfin l’argent public mérite d’être utilisé dans l’intérêt général. Il est inédit et préoccupant que deux candidats à la présidence de la République soient l’objet d’enquêtes pour avoir mal utilisé des fonds publics, Marine Le Pen au Parlement européen, François Fillon à l’Assemblée nationale. La tolérance des Français envers ces dérives ternit l’image du pays à l’étranger. Dans le classement mondial 2016 de l’association de lutte contre la corruption Transparency international (disponible ici), la France ne se situe qu’au 23ème rang, derrière les pays nordiques, les Pays-Bas, l’Allemagne ou le Canada. Or ces travaux révèlent aussi le lien qui existe entre corruption et croissance : plus un pays tolère des comportements douteux, moins il prospère. Par leur indulgence envers la classe politique qui gaspille « l’argent public », les Français obèrent leur avenir.

Publicités