04/04/2017

Le 3 avril, j’ai représenté Emmanuel Macron dans un entretien sur les questions de politique étrangère, organisé par le journal Le Monde et le European Council on Foreign Relations (ECFR).

A cette occasion, j’ai une nouvelle fois été frappée par le fait qu’on interroge toujours les pro-européens sur le manque de convergence entre les Etats de l’Union européenne mais qu’on dispense les souverainistes d’expliquer comment ils géreraient les divergences entre nations. Ainsi, les commentateurs se plaisent à souligner à quel point les Etats européens sont divisés, par exemple sur l’attitude à adopter face à la Russie ou la Turquie, sur la manière de mettre fin à la guerre en Syrie, sur la politique monétaire ou commerciale, sur la gestion des flux de réfugiés. Dans le cadre européen, le rapprochement des positions est certes laborieux. Mais serait-il plus facile une fois celui-ci détruit ?

Dans un monde souverainiste, chaque Etat défendrait ses intérêts nationaux de manière plus ouverte, pour ne pas dire brutale. Privés d’enceintes de dialogue et de procédures contraignantes, par exemple du vote majoritaire qui permet de surmonter les blocages, on voit mal ce qui les en retiendrait. Les souverainistes ne peuvent pas le nier, c’est leur but affiché : comme diraient les partisans du Brexit, ils entendent « reprendre le contrôle » des politiques migratoires ou de la gestion de l’économie. Mais ce n’est pas parce qu’on le prétend, dans des discours, qu’on y parvient dans la réalité.

En cas de sortie de l’euro, par exemple, les nouvelles monnaies nationales seraient concurrentes. Les arguments mis en avant par l’extrême droite ou l’extrême gauche, consistant à « faire céder Berlin » sont bien légers. Par définition, dans un système du chacun pour soi, l’Allemagne ne serait pas moins fondée que la France à privilégier ce qui est bon pour elle. Dotée du mark, la République fédérale ne serait pas moins puissante. Il est même fort probable que nous reviendrions à la situation antérieure à la création de l’euro où sa monnaie, la plus solide du continent, était une valeur refuge. Certains espèrent que la revalorisation du nouveau mark pénaliserait ses exportations ; ce n’est qu’en partie vrai. Par exemple, les acheteurs de voitures de luxe allemandes regardent peu leur prix. Dotés de gros moyens, ils sont prêts à payer cher pour assouvir leurs rêves. La dévaluation a plus d’impact sur les produits bon marché. Elle est en réalité l’arme des faibles, incapables de monter en gamme. Quant aux partenaires du Sud, il est naïf de penser qu’ils accepteraient que nous procédions à des dévaluations compétitives sans en pratiquer à leur tour.

De même, en cas de fermeture des frontières aux biens et services venant de l’étranger, les autres pays prendraient des mesures de rétorsion. Affirmer le contraire revient, au nom d’un protectionnisme « intelligent », à prendre nos partenaires pour des idiots.

On peut désirer des processus de convergence plus efficaces que ceux existants. Emmanuel Macron n’est pas naïf. Il est favorable à des avancées à quelques-uns pour surmonter les blocages et vetos. Il fait des propositions pour rendre l’UE plus efficace, plus unie en matière commerciale ou de défense par exemple.

En revanche, prétendre que le chacun pour soi serait porteur d’harmonie est une vaste fumisterie.

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