03/04/2017

Drapeaux tricolores et drapeaux européens. Bleu de France et bleu d’Europe. Il manquait un peu de mistral pour faire claquer le bleu du ciel mais, malgré la grisaille, Marseille la bigarrée a réservé un bel accueil à Emmanuel Macron l’Européen. Plusieurs appels à l’union de l’Europe ont même électrisé la salle.

Dans un contexte de repli, de peur et d’égoïsme des nations, c’est encourageant. Les nationalistes transforment l’attachement à la nation en idée fixe : pour eux, c’est à la fois une obsession sur laquelle ils se polarisent et un immobilisme dont ils ne veulent pas sortir. C’est pourquoi ils l’enferment à double tour : en refusant la coopération européenne qui la dépasse, en rejetant les étrangers qui la rejoignent.

Leur vision est si figée qu’elle en devient absurde. Comme si, à Marseille, ce comptoir créé par les Grecs il y a 2600 ans, ce creuset où se sont fondues tant de vagues de migrants, quelqu’un pouvait  sérieusement prétendre « on est chez nous ». Tout au plus certains sont-ils arrivés un peu plus tôt que les autres…

Réconcilier les Français avec l’Europe et les Français avec eux-mêmes n’est qu’une seule et même ambition. Trop longtemps, les deux enjeux ont été séparés de manière artificielle,  alors même qu’il faudrait toujours, en parallèle, améliorer l’intégration dans la nation française et l’intégration de la nation française en Europe.

Il n’y a aucune raison de compartimenter les sujets et encore moins de réserver aux Français  dits « de souche », les horizons européens. S’il est un beau projet pour les enfants des quartiers, c’est bien le rêve de coopération, de solidarité et de fraternité européen. C’est pourquoi il n’y a aucune raison non plus de concentrer l’offre de classes bi-langues aux régions frontalières. Apprendre l’allemand à Marseille, comme j’ai eu la chance de le faire dans mon enfance, c’est ouvrir une fenêtre sur des mondes moins familiers. L’école de la République s’honore à libérer les esprits des particularismes régionaux, des déterminismes familiaux voire communautaires.

Samedi dernier, les  Marseillais ont prouvé qu’en Provence comme à Strasbourg, l’Europe peut faire vibrer. Ce n’est pas une question de géographie mais d’état d’esprit.

Enfin, la portée de cette élection va bien au-delà du choix du Président de la République pour les cinq années à venir. Selon que les Français choisiront la confiance et l’ouverture, comme Emmanuel Macron les y a invités à Marseille ou qu’ils tomberont dans le piège nationaliste, ils arrêteront ou propageront la vague nationaliste issue du référendum britannique et des élections américaines. Ils maintiendront ou retireront la parole donnée aux partenaires européens qui partagent avec nous les mêmes valeurs, la même monnaie et les mêmes ambitions politiques. Ils esquisseront un monde de coopération entre les peuples ou de repli dangereux. Marseille, ville ouverte sur le monde, était le bon endroit pour le rappeler.

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