Chronique de France et d’Europe n° 3

31/03/2017

Cette fois, c’est fait. Après neuf mois de réflexion, la Première ministre britannique Theresa May a déclenché la procédure de sortie de l’Union européenne. Mieux aurait valu ne pas en arriver là mais la responsabilité politique consiste à se tourner vers l’avenir, sans se perdre en regrets inutiles. Cette décision nous ramène à l’essentiel et nous prive d’un prétexte.

L’essentiel

Aux débuts des années 1950, le Royaume-Uni n’a pas participé à la Communauté du Charbon et de l’Acier en raison de son caractère supranational. En 2017, le Royaume-Uni quitte l’Union européenne en raison de son caractère supranational.

Entré sur un malentendu, comme si le « marché commun » pouvait se passer de règles et d’institutions destinées à les faire respecter, le Royaume-Uni sort sur une perception plus forte que la réalité elle-même : les Britanniques veulent « reprendre le contrôle ».

Peu importe que la Cour de Luxembourg ait souvent tranché d’une manière particulièrement favorable aux intérêts britanniques, comme sur la localisation des opérations de compensation en euros par exemple. Peu importe que les députés européens britanniques aient été particulièrement influents au Parlement européen. Peu importe que, dans le monde de 2017, la marge de contrôle des États nations européens soit limitée.

Le départ des Britanniques nous invite à opérer une clarification : oui, l’Union européenne suppose un exercice partagé de la souveraineté. C’est même sa raison d’être. Aussi faut-il arrêter de se cacher derrière son petit doigt et l’assumer. Oui, elle repose sur un ordre de droit autonome, bénéficiant directement aux entreprises et aux citoyens, exigeant des organes élaborant les règles communes de manière démocratique ainsi qu’une Cour de justice, destinée à les faire respecter. Oui, l’Union appelle une solidarité politique et budgétaire, incompatible avec l’illusion que chacun puisse décider tout seul ou récupérer autant que ce qu’il verse dans le pot commun. Oui, c’est un jeu en équipe où personne ne peut espérer s’en tirer « perso » et où nous ne devrions tolérer aucun passager clandestin.

Les Britanniques ne sont pas les seuls à avoir eu la tentation d’empocher les avantages de l’appartenance à l’UE sans en admettre les contraintes. Les Français y cèdent souvent. C’est pourquoi nous devons être plus transparents, plus offensifs aussi, pour les convaincre de ses mérites. Comme a dit Emmanuel Macron à la Bild Zeitung, « un Européen timide est un Européen défait ».

Pour éviter la déconvenue des peuples, mieux vaut reconnaître et expliquer ce qu’est l’Europe plutôt que la faire honteusement. 45 ans de vie commune avec les Britanniques montrent qu’une relation fondée sur le non-dit n’est pas heureuse. Peut-être leur départ va-t-il aider à faire avancer les dossiers que leur répugnance bloquait, à commencer par le budget, la défense ou la création d’outils commerciaux efficaces, nous renforçant dans le monde.

Le prétexte en moins

Le départ des Britanniques va aussi priver les gouvernements nationaux d’un paravent derrière lequel ils se cachaient volontiers. Il était facile pour les Français de courir à Londres chercher des garanties contre les tentations fédéralistes allemandes, en montant des projets de défense avec les Britanniques. Il est vrai que le Royaume-Uni possédait plus de moyens militaires et de renseignement qu’aucun autre partenaire européen. Il était pratique pour les Allemands d’aller chercher à Londres un partenaire économique plus libéral que la France. Il est vrai que l’ouverture globale et l’esprit d’entreprise des Britanniques en faisaient des moteurs précieux du marché unique et de l’ouverture commerciale. Désormais, il n’y aura plus de paravent ni de prétexte, plus de partenaire de rechange dans cet étrange ménage à trois. Français et Allemands, avec les autres, vont devoir prendre leurs responsabilités.

A quelque chose malheur est bon. Nous voici tous au pied du mur. Et nous serions bien avisés de poursuivre l’œuvre européenne avec moins d’ambiguïtés, étant entendu que l’enjeu majeur désormais n’est pas le Brexit. C’est la défense de nos valeurs dans un monde changeant, c’est l’équité de nos sociétés et la compétitivité globale de nos entreprises, c’est la survie de la planète.

Pour plus d’informations : retrouvez des « questions-réponses » sur le Brexit en cliquant ici.

Publicités