Chronique de France et d’Europe n° 2

27/03/2017

Samedi dernier, l’Europe unie a fêté ses soixante ans à Rome. Tandis que les chefs d’Etat et de gouvernement et les présidents des institutions adoptaient une déclaration au Capitole, dans la salle même où le 25 mars 1957 avaient été signés les traités créant la Communauté économique européenne (CEE), une marche citoyenne était organisée dans la ville. L’ambiance était à la fête. Pour une fois, l’Europe n’était pas cérébrale et tourmentée, elle marchait sous le soleil du printemps, jeune et bigarrée.

En marchant près des ruines du Colisée et du Cirque Maxime, sous les immenses pins romains qui se dressent dans l’azur, on se sent peu de chose.  Rome,  millénaire et splendide, invite à prendre du recul.

Beaucoup de gens ne se reconnaissent plus dans « l’Europe ». Ils ne la comprennent plus. Des erreurs ont été commises qu’il ne s’agit pas de nier.  Malgré tous ses défauts, pourquoi est-il néanmoins crucial de la préserver ?

Après 1945, les pères fondateurs ont compris quelque chose de profond : que la vengeance ne mène à rien. Qu’on ne construit rien de durable sur l’abaissement de l’autre. Avec la Communauté du charbon et de l’acier, puis la CEE, ils ont rompu avec la spirale du talion, avec l’instinct si fort, chez tous les êtres humains,  de rendre « œil pour œil, dent pour dent ».

Après la Première Guerre mondiale, les dirigeants européens étaient retombés dans l’ornière : le dépeçage de l’empire austro-hongrois et les lourdes réparations infligées à l’Allemagne n’avaient fait qu’augmenter le ressentiment, et paver la voie à Hitler. Il aura fallu un deuxième conflit mondial pour fonder enfin la paix sur la coopération et des institutions chargées de l’intérêt commun.

Et, comme l’a rappelé Donald Tusk, le Président polonais du Conseil européen qui a connu le totalitarisme communiste, l’essentiel, ce sont les valeurs communes.

Les nationalistes ont la mémoire courte : l’Europe des Nations, on a déjà essayé. C’est celle des carnages du XXème siècle. Les nationalistes ignorent aussi les défis de demain. Quand Donald Trump proclame « America First », il affiche ouvertement un principe d’égoïsme. A l’heure du changement climatique et du terrorisme, le choix du repli derrière des frontières nationales, sans idée d’un intérêt commun, peut avoir, pour toute la planète, des conséquences irréversibles.

C’est pourquoi l’enjeu de perpétuer l’Europe unie, en 2017, dépasse l’Europe. C’est le choix du monde dans lequel nous voulons vivre : un monde fait de coopération ou bien de confrontation, de partage ou bien de prédation. A l’affirmation du « moi d’abord », je préfère  celle du « tous ensemble ».

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