Une fois encore, les enjeux européens n’occupent pas la place qu’ils méritent avant une élection présidentielle. Une fois encore, le sujet est expédié à la fin des débats, comme s’il était possible en 2017 de penser l’avenir de la France hors de l’Europe et du monde.

Sur TF1 le 20 mars dernier, il aura fallu attendre minuit pour que les questions européennes et internationales soient abordées, à la va-vite.

Faire l’impasse sur l’Europe dans le débat présidentiel, c’est encourager la circulation d’idées fausses et les vaines promesses. Le déni favorise aussi un soi-disant patriotisme exalté, à courte vue, peu conforme aux véritables intérêts du pays. A force de parler d’affaires sordides et de détails techniques, on finit par oublier l’essentiel : le Président a en charge le destin du pays. Il représente la France au Conseil européen (qui réunit les chefs d’Etat ou de gouvernement).

Nous sommes confrontés à un choix existentiel. La France a fondé la Communauté des origines. Depuis, le projet européen a beaucoup changé. Pour la première fois, un pays, et non des moindres, le Royaume-Uni, a décidé de sortir de l’Union européenne. La France veut-elle en rester membre ? Si oui, pour quoi faire ? Prend-elle le risque d’en sortir ? Pour aller où ? Dans un tel contexte, les Français sont en droit de savoir précisément ce que chaque candidat propose.

Certains entendent demeurer membres de l’Union européenne mais, comme tant d’hommes politiques français, ils ne créent pas de désir, ni n’indiquent de cap. Ainsi l’euro ne saurait être géré par « un directoire », émanation d’une « Europe des Nations ». Ce sont des mots usés. Déjà refusée en 1962 à l’époque des Six, cette vision est encore moins adaptée à l’heure où le défi majeur, pour la zone euro, est de faire bloc face au Brexit. Et si les nations demeurent juxtaposées, comment résister à la puissance chinoise, à Donald Trump, Erdogan et Poutine sans qu’ils ne nous divisent ? Plusieurs candidats soi-disant pro-européens diabolisent la politique commerciale, la concurrence et les règles budgétaires communes, allant parfois jusqu’à caresser l’idée d’un défaut sur la dette française. Plusieurs refusent que la France prenne sa part de responsabilité dans l’accueil des réfugiés.  L’obsession sécuritaire incite à se barricader derrière les frontières de l’hexagone, au mépris de l’efficacité. A Nice, l’assassin du 14 juillet n’a franchi aucune frontière, ni importé aucune arme.

Enfin, ceux qui prônent la sortie de l’euro sont loin d’en assumer toutes les conséquences. Ils prennent allègrement le risque de ruiner les ménages et les entreprises. Ils oublient qu’un grand pays s’honore à tenir ses engagements. Le crédit de la France est un bien national qui n’est pas à la disposition de saltimbanques populistes. C’est pourquoi la charge de la preuve est de leur côté.

Tous font la même erreur. En Europe, le leadership se mérite, la parole donnée compte. Le respect des règles, tout comme la solidarité ne sont pas en option, au gré des fantaisies électoralistes. Le projet européen transcende les luttes partisanes et invite à voir plus loin que la myopie ambiante.

Quant à la démocratie, elle invite avant toute chose à respecter le peuple. La prétention de quelques-uns à parler « au nom du peuple » est exaspérante. Loin de rassembler les Français, ils les divisent. Loin de servir le peuple, ils s’en servent sans scrupule pour atteindre le pouvoir : les Français ordinaires seraient les premières victimes de propositions aussi hasardeuses que la sortie de l’UE, le protectionnisme, le gaspillage d’argent public ou le renversement des alliances militaires. Quand la nostalgie tient lieu d’analyse de l’avenir, les jeunes sont tout particulièrement trompés.

Un discours plus précis sur les intentions de la France, moins défaitiste aussi sur les atouts de l’Europe unie  doit être tenu. Pourquoi ne jamais parler de ce qui marche ? Des extraordinaires résultats des chercheurs financés par les budgets européens, des entreprises soutenues par le fonds Juncker, des taux de croissance élevés dans les pays qui, au prix de dures réformes, se sont, plus que la France, tournés vers l’avenir ? Le dénigrement systématique ne mène nulle part. L’Europe est-elle vraiment coupable de tout, du chômage, de l’insécurité, du terrorisme ? La réduire à ses seuls échecs a quelque chose de grossier. Il n’y a pas si longtemps, sur ce continent, le nationalisme a tué des millions d’êtres humains. Avant de libérer la bête, il faudrait peut-être s’en souvenir.

Ainsi, une chose est de vouloir réformer l’Europe  – qui en a bien besoin – une autre de la démolir sans rien proposer à la place. Les Français n’ont pas le choix entre une voie européenne ou une voie nationale. L’aventure européenne est trop intimement liée au destin de la France, depuis la déclaration de Robert Schuman, en 1950, pour qu’un renoncement européen ne soit pas un échec français. Si nous détruisions l’Europe, nous perdrions notre crédit dans le monde, le ministre des affaires étrangères continuerait à passer tous les matins dans le Salon de l’Horloge du Quai d’Orsay où tout a commencé. L’œil d’Abel, du fond de sa tombe, regarderait Caïn.

Parce que ces sujets cruciaux doivent impérativement être débattus, je publierai à partir d’aujourd’hui et jusqu’à l’élection présidentielle, une série d’articles mettant cette élection dans une perspective plus large. Ma conviction ne tient pas au fait que j’aurais récemment rallié Emmanuel Macron. Bien au contraire, je soutiens Emmanuel Macron depuis l’été 2016 parce qu’il porte une vision exigeante de l’Europe. A Bruxelles, j’ai pu voir avec quel engagement il a défendu ses positions lorsqu’il était ministre. C’est plus constructif que ce que d’autres y font, ou – pour être franche – n’y font pas, tout en étant payés par elle.

La sortie de l’euro ou le remède imaginaire, est mon premier article. Il sera suivi d’autres analyses, notamment sur la relation franco-allemande, l’Europe à plusieurs vitesses, le Brexit, la politique commerciale, la Turquie et tout thème que l’actualité rendrait pertinent.

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