Nous vivons dans un monde incertain. Récemment, Donald Trump a déclaré l’OTAN « obsolète ». Sous sa présidence, les Etats-Unis pourraient bien se retirer d’Europe ou n’offrir plus que des garanties aléatoires. Le pourtour européen compte des régimes autoritaires comme la Russie et la Turquie et, en Libye et en Afrique subsaharienne, de vastes zones livrées à des trafiquants d’armes et d’êtres humains. L’afflux de réfugiés syriens fait craindre pour la stabilité du Liban et de la Jordanie au moment où une paix durable entre Israël et la Palestine semble moins accessible. En Asie, la montée en puissance militaire de la Chine est spectaculaire.

De nouvelles menaces, comme le terrorisme ou la cybercriminalité, obligent en outre à repenser la notion de souveraineté. Suffit-il de posséder une force de frappe indépendante et de se replier derrière les frontières nationales pour être en sûreté ? L’attentat de Nice, le 14 juillet dernier, a été perpétré par un individu vivant en France, au volant d’un simple camion. Si, dans d’autres attaques, les criminels ont traversé des frontières intérieures européennes, rien ne dit que des contrôles à l’entrée du territoire auraient suffi à éviter le pire. Renoncer à la liberté de circulation, priver les frontaliers de travail et les entreprises de débouchés serait une victoire des terroristes dont l’objectif est justement de nous forcer à changer de mode de vie et de nous appauvrir.

Entre démocraties partageant les mêmes valeurs et subissant des menaces similaires, nouvelles, des efforts conjoints de défense ont du sens. Il ne s’agit pas de créer demain matin une « armée européenne » mais de compléter enfin sérieusement les outils nationaux pour devenir plus crédibles ensemble. Vu le coût du renseignement et des matériels militaires sophistiqués, des économies d’échelle sont possibles. Le Conseil européen et la Commission se sont déjà saisis du dossier.

Emmanuel Macron propose d’aller plus loin, dans le cadre des traités européens actuels. Il s’agirait de créer une Agence Européenne du Renseignement, un Fonds de Défense Européen destiné à mutualiser les frais ou encore de mettre en place un Conseil Européen de Sécurité ainsi qu’un État-Major Européen permanent chargé de planifier des opérations pan-européennes de sécurité. Les forces feraient notamment appel aux « Battle Groups » déjà existants.

La France y tiendrait toute sa place, aux côtés de l’Allemagne qui, longtemps réticente pour des raisons historiques, est désormais prête à prendre plus de responsabilités. Un livre blanc a été adopté en ce sens sous la responsabilité de la ministre von der Leyen. Le budget fédéral militaire a été augmenté. Naturellement, la sortie du RU de l’UE est une perte fâcheuse, vu sa grande tradition militaire mais cette perspective clarifie aussi les choses : les Britanniques ont toujours entravé la naissance d’une défense européenne, même au sein de l’OTAN.

En 1954, au motif qu’ils ne voulaient pas du réarmement de l’Allemagne, les parlementaires français ont fait échouer la Communauté Européenne de Défense à Six. Un an plus tard, la RFA intégrait l’OTAN. L’Europe y a perdu en souveraineté. Elle s’est cantonnée aux domaines économiques. L’heure est venue de reprendre le projet européen par son volet politique, sans illusions sur la difficulté de l’exercice mais avec détermination. Il en va de la sécurité de nos enfants.

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